Les 7 plantes d'automne du Japon

16 septembre 2013
Il y a plus de trois ans, j'ai écrit et publié une série d'articles sur les 7 plantes d'automne du Japon, sur mon ancien blog d'actu. Les 7 plantes en question sont traitées sur différentes pages du présent site, mais voici une page qui rassemble ces 7 articles, à l'occasion de la pleine lune d'automne (célébration de O-tsukimi), jeudi prochain.


Voilà, nous allons aborder une série d'articles sur les 7 plantes d'automne du Japon, appelées "aki-no-nanakusa" en japonais (秋の七草). Les 7 plantes d'automne sont le pendant des 7 plantes du printemps, qui sont, elles, des plantes comestibles cuisinées dans le cadre de cérémonies particulières, très anciennes et dont je reparlerai au printemps prochain.
Quant aux 7 plantes d'automne, elles inspirent déjà les poètes japonais du 8ème siècle dans la première anthologie de poésie du Manyôshû ("recueil des dix mille feuilles"). C'est encore le cas aujourd'hui où tanka et haïku les célèbrent régulièrement.
Alors même si ces 7 plantes d'automne ne font pas l'objet d'un cérémonial particulier, mais sont plutôt admirées pour leur beauté "nature", elles sont souvent mises en scène lors des soirées de O-Tsukimi, ces soirées de contemplation de la pleine lune d'automne dont j'ai déjà abondamment parlé les années précédentes. A ce propos, ce sera le 12 septembre cette année au Japon.
Ci-dessous, un triptyque d'estampes de Fusatane Utagawa sur les 7 plantes d'automne au 19ème siècle.

 

 


Alors quelles sont ces 7 plantes d'automne du Japon ? Eh bien, ce sont Patrinia scabiosifolia, Miscanthus sinensis, Platycodon grandiflorus, Dianthus superbus, Eupatorium fortunei, Pueraria lobata et Lespedeza bicolor. Je vais les aborder successivement...

Commençons par Patrinia scabiosifolia...

Inflorescence de Patrinia scabiosifolia

Patrinia scabiosifolia Fisch. ex Link
Nom japonais : ominaeshi
C'est une vivace ombellifère de la famille des Valerianaceae, que l'on trouve sur tout le territoire japonais à l'exception d'Okinawa, à l'extrême sud. Elle pousse naturellement dans les prairies ensoleillées et il est habituel de la voir prospérer sur les talus entretenus, au bord de ces réserves d'eau que l'on voit à la campagne et qui servent à alimenter les rizières et autres cultures. C'est une plante installée traditionnellement dans les jardins de campagne, dans cette fameuse zone de satoyama que j'aime tant, et qui est beaucoup utilisée pour les bouquets champêtres.
Elle déploie ses feuilles jusqu'à l'été japonais puis la tige florale se développe, se dresse et porte des fleurs jaunes d'août à octobre. La plante atteint une hauteur de 60 à 100 cm.
Dans le langage des fleurs japonais, elle est symbole de "promesse tenue". Et si vous regardez bien le dernier panneau des trois estampes ci-dessus, vous la devinerez... avec ses ombelles jaunes...

Patrinia scabiosifolia dans la nature

Si vous regardez les sites de pépiniéristes français, vous verrez qu'ils préconisent généralement un emplacement à mi-ombre dans un sol ordinaire, humifère et frais. Elle a le mérite d'être rustique jusque vers -20°C. Je vais m'en procurer une à installer au jardin.

Patrinia scabiosifolia

Ah... mon adoré Miscanthus sinensis... seconde plante abordée dans cette série sur les 7 plantes d'automne du Japon. C'est, pour moi, l'une des plantes les plus présentes et les plus représentatives de la campagne japonaise. Agilité, grâce, souplesse, maturité, couleurs chaudes d'automne, brillance, reflets d'or ou d'argent... autant de mots qui me viennent à l'esprit en le regardant.

Miscanthus sinensis dans la campagne japonaise

Le Miscanthus sinensis est, avec le Lespedeza bicolor (dont je parlerai bientôt), incontournable pour célébrer la pleine lune d'automne (O-tsukimi). Mais c'est, traditionnellement, un végétal utilisé pour confectionner le chaume des toits des minka japonaises, ce que l'on appelle kayabuki et dont j'ai parlé avant l'été, un combustible et surtout un aliment pour le bétail.

Toit de chaume d'une maison traditionnelle japonaise à la campagne
Merveilleux travail de l'artisan qui taille ici le Miscanthus sous l'avancée du toit

 

Paysage typique de satoyama, avec les minka, les Lycoris radiata et la forêt profonde (okuyama) au fond

C'est la raison pour laquelle on trouvait autrefois de grandes étendues de Miscanthus sinensis dans la campagne japonaise, près des hameaux. Il reste encore quelques endroits, au Japon, où admirer ces grandes plaines de Miscanthus sinensis, notamment à Sengokuhara, près de Hakone et du mont Fuji.

Sentier pédestre à travers les Miscanthus sinensis de Sengokuhara

 

La plaine de Miscanthus de Sengokuhara

En japonais, on l'appelle principalement susuki, mais il porte également les noms de kaya (du fameux mot kayabuki qui signifie littéralement "couverture de kaya") et obana.

Le sentier de Sengokuhara

Je ne vais pas m'étendre sur la description des Miscanthus sinensis car nombre d'ouvrages et de sites internet le font en français; on peut également trouver toutes sortes de variétés plus ou moins longues, plus ou moins panachées, plus ou moins roses ou blanches chez les pépiniéristes spécialisés.
Quant à moi, je vais préparer un bouquet de Miscanthus sinensis pour célébrer la pleine lune du 12 septembre...

Exemple de décoration et d'offrande à la lune d'automne

Voici la troisième plante de cette série sur les 7 plantes d'automne du Japon, le Platycodon grandiflorus (Jacq.) A.DC.

Platycodon grandiflorus - Internet

C'est une plante de la famille des Campanulaceae, qui vous est certainement familière désormais car on la voit beaucoup dans nos jardineries et fêtes des plantes.

Fleur de Platycodon grandiflorus - Wikipédia

Son nom japonais est kikyô (ou kikyou), on la trouve partout sur le territoire japonais, dans les endroits ensoleillés des plaines de montagne, mais également sur la péninsule coréenne, en Chine et dans l'est de la Sibérie; néanmoins, cette plante figure sur la liste rouge des plantes menacées du Japon, dans la catégorie vulnérable (VU).

Liste rouge du Japon - Platycodon grandiflorus (Ministère de l'Environnement du Japon)

Légende de la carte : jaune = presque menacé (NT), orange = vulnérable (VU), framboise = en danger et en danger critique (EN + CR).
Le Platycodon grandiflorus est cité comme l'une des 7 plantes d'automne du Japon dans le fameux recueil de poésies, le Manyôshû, qui date du 8ème siècle.

Platycodon grandiflorus - Internet

Le bouton floral du Platycodon grandiflorus gonfle, faisant penser à un ballon, d'où son nom en anglais de "balloon flower". La floraison s'étale de juin à septembre au Japon.

Bouton floral du Platycodon grandiflorus - Wikipédia

Il est cultivé au Japon depuis très longtemps, comme plante ornementale dans le jardin ou pour les bouquets et, comme c'est le cas pour beaucoup de plantes japonaises, c'est à partir de l'ère Edo que de nombreuses variétés horticoles ont été créées au Japon.

Variété à fleurs blanches - Internet

 

Variété à fleurs doubles - Internet

On trouve des variétés à fleurs doubles, à fleurs blanches, roses, de petite taille, etc.
Les racines du Platycodon grandiflorus, riches en saponine, sont utilisées en médecine japonaise et en médecine chinoise.
Mais cette plante fut également une source d'inspiration pour les emblèmes familiaux, les fameux mon (ou kamon), comme en témoignent les trois exemples suivants, avec par ordre : Toki-gikyô, Oota-kikyô et Kennioi-kikyô (ou kikyô).

 

 


La fleur du Platycodon grandiflorus est également utilisée pour décorer kimonos, yukata, tasses à thé, soucoupes, noren et plein d'autres petits objets du quotidien japonais.

Pose-baguette

 

Sous-tasses à thé

 

Yukata

Cet oeillet, Dianthus superbus L. var. longicalycinus (Maxim.) F.N.Williams (Syn. D. longicalyx Miq.) est donc la quatrième plante que je présente de cette série des 7 plantes d'automne du Japon. Vous pouvez d'ailleurs le voir sur les estampes que j'ai mentionnées dans deux précédents messages.
En voici une autre, de Hiroshige Utagawa et Kunisada Utagawa, datant de 1858 :

Nadeshiko - estampe de Hiroshige et de Kunisada - Diète du Japon ©

Un très grand nombre de poèmes japonais mentionnent cet oeillet, à commencer par l'anthologie la plus ancienne du Japon, le Manyôshû.

Dianthus superbus var. longicalycinus - Internet

Son nom japonais ou ses noms japonais, devrais-je plutôt dire, sont : nadeshiko (forme sous laquelle il est mentionné dans les poèmes), kawara-nadeshiko (nom vulgaire de l'espèce) et yamato-nadeshiko (terme qui désigne également les femmes japonaises).
On le trouve, à l'état naturel, depuis l'île principale de Honshû jusqu'à l'île de Kyûshû, un peu à Okinawa et également sur la péninsule coréenne, en Chine et à Taïwan.
Il pousse dans les endroits ensoleillés dans les plaines de montagne de basse altitude, le long des digues, des plages de littoral.

Dianthus superbus var. longicalycinus - Internet

Vivace, il a une hauteur comprise entre 30 et 50 cm et fleurit au Japon de juillet à octobre. Bien qu'il ne soit pas menacé d'extinction et ne figure pas sur la liste rouge du Japon, il disparaît des milieux naturels en raison de l'urbanisation, du prélèvement par l'homme pour les besoins de l'horticulture et on peut également dire qu'il a souffert d'un manque d'intérêt croissant en raison de l'arrivée d'autres espèces du même genre depuis l'étranger.

Situation du Dianthus superbus var. longicalycinus au Japon - Ministère de l'Environnement

Légende de la carte ci-dessus : en jaune = vulnérable, en orange = presque menacé, en framboise : en danger et en danger critique.

Fleur de Dianthus superbus var. longicalycinus - Internet

Néanmoins, en plus d'être l'une des 7 plantes d'automne du Japon, il a toujours été une source d'inspiration pour la poésie, les chansons, le design et c'est, traditionnellement, une plante que l'on trouve dans cette fameuse zone de satoyama, qui est la campagne japonaise cultivée autour des hameaux.

Motif de nadeshiko sur un tissu de kimono - Internet

 

Motif de nadeshiko, teinture végétale, sur un tenugui (serviette pour les mains) - Internet
Motif de nadeshiko sur un yukata - en vente sur le site de Rakuten ©

Comme c'est le cas pour la majorité des plantes dont je parle dans ce blog, cet oeillet a été l'objet d'une grande création variétale durant l'ère Edo et il est ce que l'on appelle aujourd'hui une "plante classique de Edo". Malheureusement, comme je l'ai écrit plus haut, il n'est guère plus utilisé pour la création variétale (en raison de l'arrivée, sur le marché japonais, des autres espèces de Dianthus) et seul l'oeillet de Ise (dont je reparlerai dans un prochain message), héritier de l'ère Edo, est encore cultivé et préservé au Japon.

Chabana avec un nadeshiko - Internet

 

Chabana avec nadeshiko et kikyô - Internet
Wagashi (gâteau japonais) en forme de nadeshiko - Internet
Nadeshiko en kirigami - Internet

Connaissez-vous le kirigami ? C'est une technique de découpe du papier pour fabriquer toutes sortes de motifs; j'ai un livre japonais sur ce sujet à la maison, c'est très intéressant. Je fabriquais aussi des fleurs de nadeshiko en origami, avec du washi. Il y a tellement de fleurs magnifiques à faire avec du papier...
Et pour terminer cet article sur le nadeshiko, un exemple de kamon japonais avec l'emblème de l'oeillet et un timbre japonais...

 


Cette eupatoire, pourtant d'origine chinoise, semble avoir été naturalisée à partir du 8ème siècle au Japon car elle est mentionnée dans le fameux Manyôshû et figure parmi les 7 plantes d'automne du Japon.

Fleurs de l'Eupatorium fortunei - Internet

Nom latin : Eupatorium fortunei Turcz. (Asteraceae)
Son nom japonais est : fujibakama; on la trouve depuis l'ouest du Kantô, sur l'île principale de Honshû, jusqu'à l'île de Kyûshû, en Corée et en Chine.

Inflorescence d'Eupatorium fortunei - Internet

 

Eupatorium fortunei - Internet

Elle pousse dans les prairies un peu humides et le long des digues. Ses fleurs, de couleur rose pâle à blanc, s'épanouissent d'août à octobre au Japon; la plante atteint 1 mètre à 1 mètre 50 de hauteur.

Début de floraison de l'Eupatorium fortunei - Internet

Autrefois, on la trouvait partout au Japon en bordure de rivière, dans les prés, où elle poussait en groupes, mais son habitat a considérablement diminué et elle figure désormais sur la liste rouge du Japon dans la catégorie "presque menacée" (NT).

Eupatorium fortunei sur la liste rouge du Japon - Ministère japonais de l'Environnement ©

Légende de la carte : jaune = vulnérable, orange = presque menacé, framboise = en danger et en danger critique, gris foncé = éteint.

Buisson d'Eupatorium fortunei - Internet

La plante n'a pas de parfum particulier lorsqu'elle est sur pied, mais dès qu'on commence à la faire sécher, la tige et les feuilles dégagent le même parfum que la feuille de cerisier utilisée pour les sakura mochi (dégustés sous les cerisiers en fleurs), une odeur très "japonaise" (appelée d'ailleurs ainsi au Japon, 和の香り), qui est concentrée et vendue en huile essentielle au Japon pour parfumer la maison, le bain, les tiroirs (petits coussins remplis de feuilles d'Eupatorium fortunei séchées).

Eupatorium fortunei dans un jardin japonais - Internet

L'Eupatorium fortunei est une plante médicinale en Chine et au Japon; elle est notamment connue pour ses propriétés diurétiques et est utilisée contre les boursouflures, les démangeaisons, les tensions, notamment en mettant quelques feuilles séchées ou bien de l'huile essentielle dans le bain.

Huile essentielle d'Eupatorium fortunei en vente sur Rakuten ©

Attention à ceux qui habitent au Japon car c'est souvent une espèce voisine qui est vendue sous le nom de fujibakama dans les jardineries; vérifier qu'il s'agit bien de l'espèce fortunei.
En langage des fleurs japonais, elle est signe d'indécision, d'hésitation, de retard, mais également de souvenir heureux.
On trouve la représentation de l'Eupatorium fortunei sur une estampe de Hiroshige, datant de 1852, qui s'intitule "Nadeshiko et fujibakama".


Il y a un endroit, à Tokyo, où cette plante est protégée et admirée chaque année au moment de sa floraison; il s'agit du jardin Mizumoto (水元公園), dans l'arrondissement de Katsushika. Un parcours des 7 plantes d'automne a même été aménagé, près de la digue des cerisiers. Et au printemps, les gens de Tokyo se pressent sous les 750 cerisiers en fleurs.

Les fujibakama du jardin Mizumoto - Internet
 

 

Eupatorium fortunei sur un bol japonais -Internet

Et, ci-dessous, motif d'Eupatorium fortunei sur un zabuton, ce petit coussin japonais utilisé pour s'asseoir sur les tatamis, notamment.

 


Pueraria lobata (Willd.) Ohwi, Synonyme Pueraria montana (Lour.) Merr. var. lobata (Willd.) Maesen & S.M.
C'est l'avant-dernière plante de cette série des 7 plantes d'automne du Japon et, franchement, c'est la plante des superlatifs...!

Dessin de kuzu, annonçant l'arrivée de l'automne - Internet

Mais avant de m'étendre sur les particularités, multiples, de cette plante, en voici quelques informations de base.

Son nom japonais est kuzu (クズ) et non pas kudzu, comme j'ai pu le voir ici et là.
Ce nom viendrait d'un lieu, appelé Kuzu, situé dans l'ancienne province du Yamato (aujourd'hui la préfecture de Nara) et connu pour être un lieu de production de la poudre, à partir des racines de la plante.

Il s'agit donc d'une liane (plus que) vivace, de la famille des Fabaceae, que l'on trouve au Japon depuis l'île de Hokkaidô jusqu'à l'île de Kyûshû et Okinawa, mais également en Corée, en Chine et dans le sud-est asiatique (zones tempérées et chaudes).
Les feuilles sont caduques, composées et trifoliées; les grappes de fleurs, de couleur pourpre, s'épanouissent au Japon du mois d'août au mois de septembre, en épi dressé, dégageant un parfum sucré qui attire de nombreux insectes.

Les fleurs du kuzu - Internet
Les feuilles du kuzu - Internet

On la trouve dans la campagne japonaise, en lisière de forêt, sur le bord des routes, dans les endroits un peu délaissés par l'homme, qu'elle colonise très rapidement.

Lianes de kuzu qui envahissent la campagne japonaise - Internet

Elle ne semble pas supporter des températures inférieures à -15°C en hiver et prospère dans les endroits chauds en été (température au-dessus de 27°C), avec une certaine humidité. La liane épaissit d'année en année, jusqu'à devenir ligneuse. Elle se répand sur le sol, sur les arbres, qu'elle recouvre jusqu'à les étouffer, sa croissance est incroyable, voire terrifiante. Les racines, charnues, peuvent atteindre jusqu'à 2 mètres de long et de 10 à 20 cm de diamètre. Chaque pied peut émettre jusqu'à 30 tiges, donc vous imaginez la vivacité et le potentiel de survie de cette plante !

Racines de kuzu au Japon - Internet

Une plante considérée comme invasive
Eh oui, elle figure dans la liste des 100 plantes envahissantes exogènes de l'UICN et est considérée comme une plante invasive aux Etats-Unis, où elle a été introduite au 19ème siècle et s'est naturalisée dans certaines régions, causant de grands dégâts.

Mais une plante traditionnellement utile
Autrefois, dans les campagnes japonaises, le kuzu était cultivé sur les broussailles, près des rizières car les gens en utilisaient les lianes pour les travaux des champs et pour fabriquer des objets de la vie quotidienne. Les lianes étaient alors régulièrement coupées, entretenues et leur développement était limité. Ce n'est malheureusement plus le cas aujourd'hui...

Pour fabriquer des paniers, par exemple, la liane de kuzu est coupée, séchée puis tressée.

Prélèvement des lianes de kuzu dans la campagne japonaise - Internet
Atelier de fabrication des paniers en kuzu - Internet

 

Panier en kuzu utilisé en déco - Internet
Paniers en kuzu - internet

La liane est également bouillie, puis fermentée pour en extraire les fibres; les fibres sont ensuite tissées pour fabriquer du tissu; cette tradition remonte à l'ère Heian.

Séchage des fibres de kuzu au Japon - internet
Tissage en kuzu - internet

Ces tissages, obtenus à partir des fibres du kuzu, s'appellent des kuzu-fu. Autrefois, la classe populaire japonaise les utilisait pour confectionner ses vêtements, quant aux hautes classes, elles destinaient le kuzu-fu à la fabrication des vêtements de deuil.
Aujourd'hui, le kuzu-fu sert de parement, d'habillage sur les fusuma (parois coulissantes) et sur les murs; il est également utilisé pour fabriquer de petits objets de la vie courante, comme des porte-cartes, des sacs et autres accessoires de décoration.

Parois coulissantes recouvertes de kuzu-fu - Internet
Ombrelle réalisée en kuzu-fu - internet

C'est la ville de Kakegawa, dans la préfecture de Shizuoka, qui est le principal lieu de production du kuzu-fu.

C'était aussi un aliment pour le bétail...
Car il était autrefois utilisé pour nourrir chevaux, vaches, chèvres, lapins, dans les campagnes japonaises.

Mais c'est surtout une plante médicinale...
La racine séchée de kuzu fait partie de la pharmacopée japonaise, on l'appelle alors kakkon. Cette poudre de racine a des propriétés sudorifiques, antalgiques; elle réchauffe le corps, favorise la circulation du sang, et c'est le remède des familles japonaises pour lutter contre les refroidissements, l'état fébrile, le rhume et les problèmes liés à l'estomac et aux intestins.

Racine de kuzu vendue au Japon - Koyama ©

Des études médicales récentes montrent également des résultats encourageants dans le traitement de la ménopause, de l'ostéoporose, du diabète, du cancer des seins, de l'utérus et de la prostate.

Dans un autre domaine, l'Université de Miyazaki a mis au point une technique d'extraction de bioéthanol dans le kuzu, en 2008... Peut-être une nouvelle piste pour utiliser cette liane, plus que prolifique, à bon escient ?

L'utilisation de l'amidon de kuzu dans la cuisine japonaise...
L'amidon extrait de la racine de kuzu est appelé kuzu-ko en japonais; il est utilisé comme ingrédient de base pour le kuzu-kiri et pour les gâteaux japonais.
L'amidon de kuzu est mélangé à de l'eau chaude, fondu et il s'appelle alors kuzu-yu. Il épaissit en refroidissant; on le coupe alors en lamelles sur une planche, pour faire une sorte de vermicelle; c'est ce que l'on nomme kuzu-kiri. On peut manger le kuzu-kiri comme des nouilles, ou bien en nabe (pot au feu) ou encore froid avec du miel par-dessus.

Kuzu-kiri - internet

On utilise également l'amidon de kuzu pour faire les gâteaux japonais, notamment les kuzu-mochi, que l'on mange traditionnellement plutôt dans la région du Kantô (Tokyo).

Kuzu-mochi de la région du Kantô - Internet

Et, de manière générale, l'amidon de kuzu est utilisé dans la cuisine japonaise comme épaississant.

Amidon de kuzu vendu au Japon - internet

Les fleurs de kuzu sont également mangées en tempura (beignet) :

Fleurs de kuzu en tempura, à droite - internet

Voici quelques autres emplois du kuzu dans la culture japonaise :

En motif sur un bol - internet

 

Sur un kimono - internet

 

Pour l'emblème d'une famille (kamon) - internet

 

En motif sur une lampe - internet

 

Sur un plat - internet

 

Sur une tasse - internet

 

Et même sur les tuiles d'un toit pour représenter l'emblème familial - internet

Finissons cette série d'articles sur les 7 plantes d'automne du Japon avec l'un de mes préférés, le Lespedeza bicolor Turcz (famille des Fabaceae), que j'ai d'ailleurs dans mon jardin.
C'est la plante la plus citée dans le Manyôshû, la première anthologie de poésie japonaise (8ème siècle).

Inflorescence du Lespedeza bicolor - Sophie Le Berre ©

Son nom japonais est yama-hagi (山萩, "hagi de la montagne") mais il est communément appelé "hagi". L'idéogramme japonais du mot hagi est composé de deux parties : la clé de l'herbe (kusa) et le kanji de l'automne (aki); signifiant donc globalement "l'herbe d'automne", "la plante d'automne".
En langage des fleurs du Japon, le Lespedeza bicolor est symbole d'un "esprit souple"... à l'image du port de la plante ! Enfin, le jour anniversaire de cette plante, au Japon, est le 18 septembre.

Jeunes rameaux de Lespedeza bicolor - Sophie Le Berre ©

C'est un arbuste ou sous-arbrisseau à feuilles caduques, qui fleurit au Japon du mois de juillet au mois d'octobre. Le mien est actuellement en pleine floraison, en Touraine.
Il pousse dans les endroits ensoleillés des zones montagneuses, depuis l'île de Hokkaidô jusqu'à l'île de Kyûshû et dans l'est de l'Asie.
La tige est ligneuse et durcit au fil des ans, sans épaissir néanmoins. Plusieurs tiges partent du pied chaque année. On peut difficilement dire que la plante ait un port dressé car les rameaux étant souples, les extrémités ont tendance à tomber.

Rameaux du Lespedeza bicolor - Sophie Le Berre ©
 

La feuille est composée, à trois folioles; il y a quelques poils courts, souvent difficiles à voir, sur l'envers de la feuille.
En automne, des grappes de fleurs de couleur pourpre violet s’épanouissent au bout des branches. Le fruit ne renferme qu’une seule graine. C’est une plante pionnière qui colonise les endroits délaissés par l’homme au Japon, comme les anciennes pâtures, les terrains touchés par une éruption volcanique, etc.

Buissons de Lespedeza bicolor - Internet

Je suis en train de préparer une feuille sur le genre Lespedeza à publier sur mon site internet, mais je peux vous dire qu'il y a 8 espèces principales de Lespedeza au Japon, qui sont : Lespedeza bicolor, L. cyrtobotrya, L. melanantha, L. homolaba, L. formosa ssp. velutina, L. patens, L. buergeri, et L. maximowiczii. Les Lespedeza que l'on trouve dans les jardins au Japon sont essentiellement des cultivars de Lespedeza bicolor, Lespedeza thunbergii (horticole) et Lespedeza japonica (Lespedeza japonica 'Nipponica').

Compagnon du Miscanthus sinensis pour la contemplation de la pleine lune d'automne
Comme je l'ai déjà indiqué à propos du Miscanthus sinensis ou même dans des articles sur O-tsukimi (soirée de contemplation de la pleine lune d'automne), il est d'usage, dans les campagnes japonaises, de faire un bouquet de Miscanthus sinensis et de Lespedeza bicolor, que l'on offre à la Lune, avec les fameux tsukimi-dango, en remerciement pour les récoltes passées et à venir.

Bouquets et offrandes de nourriture pour la Lune d'automne - Internet

A l'image des six autres plantes d'automne du Japon, le Lespedeza bicolor est, traditionnellement, très présent autour des maisons, dans la campagne japonaise. (satoyama)

Composition florale avec du Lespedeza bicolor - Internet

Les branches et les feuilles du Lespedeza étaient autrefois utilisées pour nourrir le bétail et pour la couverture des toits, en plus du Miscanthus sinensis.
Autre coutume : on enlevait les feuilles des rameaux de Lespedeza, on nouait les tiges et on fabriquait ainsi des balais.

Illustration japonaise au sujet des balais faits en "hagi" - Internet

Les Japonais avaient également pour coutume de faire bouillir les racines du Lespedeza pour fabriquer un remède contre les vertiges. C’était donc une plante très utile.

Endroits célèbres pour admirer la floraison du Lespedeza dans les environs de Tokyo
Ce sont essentiellement des Lespedeza bicolor et thunbergii que l’on trouve dans les environs de Tôkyô.
1/ Le jardin Mukôjima-Hyakka-En : dans lequel il y a un tunnel de Lespedeza de 20 mètres de long, très connu. C'est en ce moment qu'il faut y aller pour admirer sa floraison. (Higashi-Mukôjima, arrondissement de Sumida, Tôkyô)

Pancarte annonçant le tunnel des Hagi - Internet
Tunnel de hagi - Internet
 

 

Vue sur le tunnel, qui est illuminé le soir - Internet

2/ Le temple Daihigan : également connu comme le "temple du Lespedeza". Les Lespedeza japonica (fleurs blanches) de ce temple sont très célèbres; c'est également en ce moment, entre la mi et la fin septembre, qu'il faut y aller pour en admirer la floraison. (Ville de Akirano, dans la périphérie de Tôkyô; ligne de train Itsukaichi, gare de Musashi-Masuko.)

Temple Daihigan - Internet (album de Nobutaka ©)

 

Temple Daihigan - Internet (album de Nobutaka ©)

 

Temple Daihigan - Internet

 

Temple Daihigan - Internet

Et, pour finir...
Une estampe de Harunobu Suzuki (1725-1770), dans une série de poèmes aux couleurs des quatre saisons avec, ici, le milieu de l'automne.

Les rameaux de Lespedeza sur cette estampe de Harunobu Suzuki - Internet

Sans oublier deux emblèmes de famille (kamon) sur le thème du Lespedeza...

 


Et les gâteaux japonais qui s'appellent "Hagi-no-tsuki" (lune de hagi), créés en 1979 en l'honneur du Lespedeza thunbergii, plante symbole de la préfecture de Miyagi car le nom japonais du Lespedeza thunbergii est "Miyagi-no-hagi", littéralement le Lespedeza de Miyagi.

 

 

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