Sakura - "Des productions végétales du Japon", 1885

Bulletin de la Société Nationale d'Acclimatation de FranceA la fin du XIXe siècle, le docteur Edouard Mène, docteur en médecine de la Faculté de Paris (auteur d'un mémoire "Sur une nouvelle variété de migraine" en 1859) et vice président de la société Franco-Japonaise de Paris, fut l'auteur de plusieurs articles sur les productions végétales du Japon, dans les bulletins de la Société Nationale d'Acclimatation. Ses écrits constituent une source d'information extraordinaire sur l'arrivée et l'acclimatation des plantes japonaises en France, notamment à l'occasion des expositions universelles de Paris.

Voici ce qu'il écrivit en 1885 à propos du genre Prunus, dans le bulletin cité précédemment :


 "PRUNUS PSEUDO-CERASUS. Sakura. - Dans une des plates-bandes du Jardin du Trocadéro, on observait plusieurs pieds de Prunus pseudo-cerasus Lindl., à fleurs simples, à fleurs doubles, ainsi qu'une variété à rameaux pendants à fleurs doubles.

Dans la collection des bois de la galerie des machines, on remarquait un échantillon de bois étiqueté Sakura (Prunus puddum), de 0m,52 de diamètre, avec 10 millimètres d'épaisseur d'écorce, de couleur gris rosé, à veines rougeâtres.

Dans la série des bois avec écorces, à moitié vernis, était un beau spécimen de bois rougeâtre de Prunus puddum.

Le Prunus pseudo-cerasus de Lindley, de Franchet et Savatier, Prunus puddum de Miquel, désigné au Japon sous le nom de Sakura, est commun dans les montagnes, dans un certain nombre de provinces des îles de Kiusiu, de Nippon et de Yeso, principalement dans les provinces de Kii, de Nambu, de Shimotsdzuke, de Sinano, où il vient à l'état sauvage, et où, suivant M. Dupont, il atteint jusqu'à 5 mètres de circonférence et 15 mètres de hauteur totale, mais dont la hauteur moyenne est de 6 à 10 mètres. Ses fruits sont petits, aigres, amers; son bois dur, à grain serré, est d'une jolie couleur rouge que le vernis fait ressortir. Il est recherché en tournerie, en menuiserie et en ébénisterie, pour les plateaux, les boîtes, les coffrets, les petits meubles. Les Japonais s'en servent aussi pour les plantes de gravure et d'impression sur bois, pour les cachets, pour les menus objets sculptés, pour les étuis de pipes, pour les manches de couteaux et de sabres, et pour confectionner certains instruments de musique, tels que des violons.

L'écorce est réputée comme vermifuge.

La racine et les petites branches du Sakura sont prescrites en décoction comme remède astringent. Les feuilles et les pédoncules sont usités en décoction comme diurétique. Il en est de même des fleurs.

L'amande est ordonnée comme adoucissante dans les rhumatismes.

Le Sakura est très apprécié des Japonais, comme arbre d'ornement, pour ses belles et larges fleurs qui viennent avant les feuilles. Ils le cultivent souvent à l'état nain. Ils en ont plusieurs variétés à fleurs blanches ou roses, simples et doubles, à odeur agréable. Ils recherchent une variété à rameaux pendants, à fleurs roses simples, et une variété à rameaux pendants, à fleurs doubles, qui se nomment Chidaré Sakura et Higan Sakura.

D'après M. Dupont, ils célèbrent des fêtes pour la floraison des Cerisiers, et ils les plantent dans leurs jardins, dans leurs promenades, autour des pagodes et des temples. Ils placent souvent des branches de Cerisier en fleurs dans des vases pour orner l'intérieur de leurs appartements.

Les tableaux, les émaux cloisonnés, les porcelaines, les sculptures en ivoire ou en bambou, les laques, reproduisent constamment des branches de Cerisier en fleurs. Sur leurs beaux meubles laqués d'or, remarquables par le goût exquis de la composition et la finesse de l'exécution, ils représentent souvent les rameaux du Cerisier chargés de fleurs en nacre admirablement sculptées, qui se détachent en relief avec une grâce et une vérité incomparables."


Notes :

  • Les expositions universelles de la fin du XIXe siècle eurent lieu à Paris en 1855, 1867, 1878, 1889 et en 1900. Sauf pour l'année 1889, qui eut pour thème "La révolution française" et l'année 1900 avec "Le bilan d'un siècle", le thème des autres expositions universelles de Paris fut "Agriculture, industrie et beaux-arts".
  • Prunus pseudo-cerasus désigné par le Dr Mène : il s'agit du Prunus pseudocerasus Lindl., 1826, Syn. Cerasus pseudocerasus (Lindl.) G.Don, appelé "shinami-zakura" en japonais, et qui originaire de Chine.
  • Prunus puddum cité par le Dr Mène : est le synonyme de Prunus cerasoides D.Don, Syn. Cerasus cerasoides (D.Don) Masam. & S.Suzuki, appelé "himaraya-zakura" en japonais.

Cela donne donc une indication intéressante sur les cerisiers présentés par les Japonais en France dans les années 1880. Ce qui est étonnant, c'est qu'il ne s'agissait pas des cerisiers les plus représentatifs du Japon, à savoir les Prunus jamasakura, campanulata et spachiana, qui étaient cités dans les poèmes japonais, les illustrations et les estampes. C'est également à cette époque que fut créée la variété Prunus x yedoensis 'Somei-yoshino', dans le village de Sugamo-Somei, dans les environs de Edo (future Tokyo) et dont le nom apparut, pour la première fois, dans la revue horticole du Japon en 1900.

 

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