Je vous propose de retrouver dans cette page des articles de fond, destinés uniquement à mon site Internet, sur mes jardins préférés, en France et au Japon.

Merci de respecter la propriété intellectuelle et de ne pas utiliser mes écrits sur d'autres supports.

LE TEMPLE CHIKURIN (CHIKURIN-JI)

Situé sur le mont Godai-san (五台山), à côté de la ville de Kôchi, sur l'île de Shikoku, le temple Chikurin-ji (Chikurin signifie littéralement "forêt de bambous" et "ji" est le temple) appartient à la secte Chisan de l'école bouddhiste Shingon (真言宗智山派), qui est l'école de la « Parole Vraie » ou des mantra.

La secte Shingon a été fondée au Japon en 806 par le bonze japonais Kûkai, plus connu sous son titre posthume Kôbô-Daishi, le plus célèbre saint du Japon. L’ouvrage intitulé Les sectes bouddhiques japonaises, publié en 1930 à Paris par Emile Steinilber-Oberlin et relaté sur le site Internet de l’Institut d’Etudes Bouddhiques nous permet de comprendre le message de Kôbô-Daishi :

« L’idée centrale de Kôbô-Daishi est née d’une intuition géniale et lumineuse, confirmée par son immense savoir, que toute chose possède un extérieur et un intérieur, une face exotérique et une face ésotérique, une vérité qui se proclame et une vérité secrète ; et que la pensée de Bouddha elle-même s’est volontairement soumise à cette loi. Les élus sont ceux qui accèdent à l’ésotérisme du monde. Mais comment mener tous les hommes au but ? La puissance intellectuelle n’y suffit point. Or, la secte Shingon veut sauver tous les hommes : c’est ici que nos pratiques opèrent, faisant passer, par des actes concrets, tout le mystère du monde dans les cœurs. »

C’est également Kôbô-Daishi qui a créé le pèlerinage des 88 temples de l’île de Shikoku et le temple Chikurin-ji en est le 31ème temple.

Quelle est l'origine de ce temple sur le mont Godai-san ?

En 724 (première année de l'ère Jinki), l'empereur Shômu (701-756) rêve qu'il se prosterne devant le bodhisattva Monju (文殊菩薩(もんじゅぼさつ), connu pour sa sagesse, son nom signifie "gloire paisible") en Chine, sur le mont Wutai (五台山 / 五臺山, wǔtáishān, « Montagne aux Cinq Terrasses »), qui est le premier des quatre monts bouddhistes, identifié au "Mont de fraîcheur". Il demande alors au moine Gyôki1 (668-749) de trouver une montagne ressemblant au mont Wutai, sur lequel bâtir un temple dédié à ce bodhisattva. C'est ainsi que le mont Godai-san (qui s'écrit de la même façon que le mont Wutai) fut choisi et qu'un temple fut bâti à son sommet.

Il est dit que, pendant l’ère Daidô (806-810), le moine Kûkai séjourna sur cette montagne et restaura les bâtiments du temple, tombés en ruine.

De nombreux éléments du temple Chikurin-ji sont aujourd'hui classés biens culturels d'importance par l'Etat japonais, de même que les jardins, répertoriés pour leur beauté scénique.

L'enceinte du temple est étagée sur trois niveaux, reliés les uns aux autres par de magnifiques escaliers en pierre. Je suis arrivée par l'entrée ouest et ai été aussitôt saisie par la beauté des lieux : sur ma droite, en contrebas, des tombes très anciennes de moines du temple, aujourd'hui noyées dans la végétation et sur ma gauche, un beau mur d'enceinte en torchis. J'emprunte une longue allée, bordée sur la gauche par un jardin paysager, illuminé le soir -me dit-on- grâce à des diodes électroluminescentes (LED) intégrées dans des lanternes de pierre de Gifu.

Le moine qui nous reçoit m'explique que cette partie du jardin a été restructurée récemment; une zone a même été aménagée pour des cours de yoga en extérieur. Ce magnifique jardin sépare désormais l'allée menant au temple du bâtiment funéraire (style architectural ultra moderne alliant le bois au béton) dans lequel les familles se réunissent lors des obsèques de leur défunt. Notre promenade nous mène au niveau supérieur, dans lequel se trouvent les principaux bâtiments du temple et une magnifique pagode de 31,2 mètres de hauteur et 4,80 mètres de diamètre, entièrement construite en bois de hinoki (Chamaecyparis obtusa (Siebold & Zucc.) Endl., le cyprès japonais), et restaurée en 1980. Les jardins qui entourent ces bâtiments seraient l'oeuvre du moine zen (secte Rinzai) Musô Soseki.

Je continue de descendre l'escalier de pierres, entouré de magnifiques jardins de mousse, de fougères et d'arbres. La lumière de ce matin de septembre perce à travers le couvert végétal... une pure merveille qui n'a rien à envier aux jardins des temples de Kyôto. Cet endroit dégage une atmosphère très particulière, que j'ai rarement ressentie lors de mes visites de temples au Japon.

J'aperçois sur la gauche un vieux mur d'enceinte, qui longe ce qui était alors la résidence des seigneurs Yamauchi, le clan qui régnait sur la province de Tosa (ancien nom de ce qui est aujourd'hui le département de Kôchi) à l'époque Edo. Quelques marches plus bas, et me voici au seuil de cette ancienne résidence seigneuriale, ornée de deux jardins avec des pièces d'eau, datant du milieu de l'époque Edo. Le jardin nord a été transformé, au début de l'époque Shôwa (1926-1989) en jardin potager, afin de nourrir les populations voisines, notamment pendant la Guerre du Pacifique. Puis, il fut restauré quelques années plus tard dans sa forme initiale, avec une pièce d'eau en forme de gourde et la colline en fond de paysage. Quant au jardin ouest, il entoure également une pièce d'eau et est adossé au mur d'enceinte que j'avais vu précédemment. Je remarque qu'il n'y a pas de carpes dans le bassin et demande au moine si cela est voulu ou pas. Il me répond qu'il y en avait autrefois mais, il y a quelques années, une grosse tempête a emporté la toiture de la résidence et lorsque les artisans sont venus réparer la couverture, ils ont utilisé du cuivre, qui a coulé dans la pièce d'eau, empoisonnant toutes les carpes koï du bassin. Il n'y a plus désormais que des grenouilles et des tortues !

Ce temple et les jardins qui l'entourent sont une pure merveille, à découvrir absolument. A la fin du parcours, j'eus la chance de tomber sur un jeune couple de futurs mariés qui était en train de faire faire ses photos de mariage par un professionnel... ce qui ajouta, bien sûr, au charme de la visite et des lieux !

Adresse du temple Chikurin-ji : Godaisan 3577, Kôchi-shi, Kôchi-ken, Japon.
Le temple est ouvert de 8h à 17h, les jardins de 8h30 à 17h. On y accède par le bus MY you en 26 minutes depuis la gare JR de Kôchi.
Site Internet du temple Chikurin-ji.

1 Gyōki descendait d’une famille coréenne de Baekje. Il prit la tonsure au temple Asuka-dera de Nara à l’âge de quinze ans. En 704, il retourna dans sa région natale où il transforma sa maison en temple (nommé Ehara-dera) ; il partit ensuite en voyage dans tout le Japon pour bâtir des temples et des communautés locales, prêcher auprès du peuple et porter assistance aux nécessiteux. Ses prédications devinrent notables vers 713, et il se forma autour de lui une communauté (ses disciples sont désignés par le terme d’ubasoku) qui œuvra principalement dans la région du Kansai, où elle fonda 49 monastères et couvents qui officiaient également comme hôpitaux pour les pauvres gens. Les activités de Gyōki, inhabituelles alors, consistaient donc à battre le pays pour créer des communautés religieuses et transmettre les doctrines bouddhiques au peuple, tout en travaillant à l’amélioration des conditions de vie, par exemple l’irrigation, les hôpitaux, à une époque où le bouddhisme n’avait que peu percé dans les couches populaires.

Imprimer E-mail

Le site sophieleberre.fr est édité par Sophie Le Berre et hébergé par la société Amen. Ce site est conçu sous le CMS Joomla, solution opensource.
Sauf mention contraire, toutes les traductions et les textes publiés sur ce site sont de Sophie Le Berre - tous droits d'auteur réservés.