Je vous propose de retrouver dans cette page des articles de fond, destinés uniquement à mon site Internet, sur mes jardins préférés, en France et au Japon.

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LE JARDIN HAMA-RIKYÛ (TOKYO)

A l'époque Edo (1603-1868), lorsque le Japon était dirigé par le shogunat Tokugawa à Edo, future Tôkyô, les seigneurs féodaux étaient tenus de passer une année à Edo et la suivante dans leur fief de province... ce qui est connu sous le nom de sankin-kôtai (参覲交代), en japonais. Ils furent donc obligés de faire construire des résidences à Edo, entourées de jardins, ce qui contribua à faire de cette capitale politique une véritable cité verte. Malheureusement la plupart des jardins de propriétés seigneuriales ont disparu, mais il en reste quelques-uns, précieux, comme le jardin Hama-rikyû (浜離宮), qui signifie littéralement "la villa impériale de la plage". Ce jardin de promenade, de style kaiyû-shiki (回遊式), se trouve à proximité du quartier de Shiodome (汐留) à l'embouchure de la Sumida dans la baie de Tôkyô.

Avant l'époque Edo, le site de Shiodome était une zone marécageuse de bord de mer et c'est le 3ème shôgun, TOKUGAWA Iemitsu (1604-1651) qui décida de faire remblayer cet endroit (aux frais des seigneurs !) afin de construire des résidences, dans ce secteur proche du palais shogunal et des quartiers de Shinbashi, Ginza et Tsukiji.

En 1654 (3ème année de l'ère Jôô), TOKUGAWA Tsunashige (1644-1678), seigneur du fief de Kôfu dans la province de Kaino (aujourd'hui département de Yamanashi), sur la route du Tôkaidô, se vit accorder un terrain à cet endroit et y fit construire une résidence, qui fut, par la suite, utilisée comme "villa secondaire" (shimo-yashiki) par le clan seigneurial de Kôfu et appelée "Kôfu hama-yashiki" (maison de la plage de Kôfu) ou "Umite-yashiki" (villa de bord de mer).

Lorsque TOKUGAWA Ienobu (1662-1712), le fils de Tsunashige, devint le 6ème shôgun TOKUGAWA, il décida de faire de cette villa une résidence shogunale et on l'appela alors "hama-goten" (palais de la plage). De nombreux aménagements furent entrepris, tels que la plantation d'un champ de Camellia sinensis pour la production du thé, la construction de pavillons de thé et de jardins. Les shôguns TOKUGAWA Ienari (1773-1841) et TOKUGAWA Ieyoshi (1793-1853) en firent leur lieu de chasse au faucon. L'aménagement du jardin, tel que l'on peut le voir aujourd'hui, fut achevé sous le règne du 11ème shôgun, TOKUGAWA Ienari.

Ci-dessous, une carte datant de 1887 (Meiji 20) du Hama-rikyû, qui nous permet de comprendre comment était organisé le jardin à l'époque. Un témoignage précieux qui fait partie du fonds de la Diète du Japon.

 

Au lendemain de la Restauration de Meiji, la propriété devint le palais secondaire de la famille impériale et fut rebaptisée "Hama-rikyû". Mais le grand tremblement de terre de la région du Kantô, en 1923, puis la seconde guerre mondiale n'épargnèrent pas ce magnifique jardin qui fut gravement endommagé et perdit son aspect d'autrefois.

Ci-dessous, un triptyque datant de 1889 (Meiji 29), représentant une bataille de pastèques dans l'Océan Pacifique en bordure du Hama-rikyû. Ces estampes proviennent du fonds de la Diète du Japon. On voit le mont Fuji sur la première, qui est en fait celle de gauche dans le triptyque. Remarquez la fougue avec laquelle les nageurs se disputent les pastèques.

 

 

En 1945, le jardin devint la propriété de la ville de Tôkyô à la suite d'un legs impérial et fut ouvert au public en 1946, après travaux. Le 22 novembre 1952, il fut classé par l'Agence de la Culture "site d'exception de première catégorie et site historique de première catégorie".

Il faut prendre le temps de visiter ce jardin, de plus de 25 hectares car de nombreux pavillons, élévations, ponts et autres plantations végétales méritent que l'on s'y attarde.

  • L'étang Shioiri-no-ike (潮入の池) : c'est le seul étang d'eau de mer de Tôkyô gardé intact depuis l'époque Edo. Son niveau est régulé par une écluse et varie au rythme des marées de l'océan Pacifique. On y trouve de nombreuses espèces de poissons de mer comme le mulet à grosse tête, la perche japonaise, le gobie et l'anguille.
  • Le pavillon de thé "Ochaya de Nakajima" : dès sa construction, en 1707, ce pavillon recevait les shôguns et leurs épouses ainsi que des nobles, venus se détendre dans ce magnifique jardin. Le bâtiment actuel est une reconstruction de 1983 et l'on y sert le thé vert, matcha, accompagné d'un gâteau japonais.
  • Le pont "Otsutai-bashi" : entièrement construit en bois de cyprès du Japon, il mesure 118 mètres de longueur et a été restauré en 2012. Il relie l'étang aux îles de Konoji-shima et Naka-jima.
  • La chasse aux canards : deux étangs avaient été aménagés pour la chasse aux canards : le "Koshindo-kamoba", datant de 1778, et le "Shinsenza-kamoba", de 1791.
  • Un pin vieux de 300 ans : en hommage au 6ème shôgun, TOKUGAWA Ienobu (1662-1712), qui dirigea les travaux d'aménagement de ce jardin, un pin fut planté il y a environ 300 ans. Il est situé près de la porte principale Otemon et conserve une silhouette majestueuse.

L'on peut voir de nombreuses plantes japonaises dans ce parc, et apprécier la floraison des pivoines arbustives et des fleurs de colza au printemps, et celle des Cosmos sulphureus à l'automne. Lors de ma visite, fin septembre, les higanbana (Lycoris radiata (L'Hér.) Herb.) et les fuyô (Hibiscus mutabilis L.) terminaient leur floraison, quant aux susuki (Miscanthus sinensis Andersson), ils arboraient déjà fière allure, promesse d'épis soyeux ondulant dans la lumière de l'automne japonais.

Horaires d'ouverture : de 9h à 17h, dernière entrée à 16h30; le jardin est fermé du 29 décembre au 1er janvier inclus. Les visites guidées (gratuites) sont effectuées en anglais le lundi à 10h30 et le samedi à 11h.

Tarif d'entrée : 300 yen pour un adulte, 150 yen pour une personne de plus de 65 ans, gratuit pour les enfants des écoles primaires et des collèges de Tôkyô.

Source des informations : site Internet en japonais du jardin Hama-rikyû et prospectus du jardin. Les photos diffusées dans le diaporama ci-dessous sont celles que j'ai prises sur place le 23 septembre 2017.

Site internet du jardin Hama-rikyû

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